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Béjaïa : Les réseaux de prostitution prolifèrent en toute impunité

samedi 09 juin 2012 à 22:06   ·   1 Commentaire - Patager sur : Votre Facebook - Votre Twitter - Email cet article

Les réseaux de prostitution se multiplient impunément dans la ville de Bejaïa ainsi que dans plusieurs autres coins de la wilaya. Ces dernières années, des citoyens ne cessent de tirer la sonnette d’alarme quand ce phénomène débarque au beau milieu des quartiers du chef-lieu de la wilaya où des propriétaires d’appartements et de villas sans scrupules louent leurs biens à des réseaux de prostitution. Certains proxénètes et prostituées s’exhibent sans aucune crainte du voisinage ou des services de sécurité de la wilaya. Quand des habitants évoquent la fermeture des bars et hôtels sur les côtes est de Béjaia comme une des causes majeures du phénomène et qui a fait déferler la vague de la prostitution à l’intérieur des cités, d’autres pointent du doigt le laxisme des autorités locales, qui ne prennent pas en main ce fléau social.

Dans certains quartiers de la ville, par manque d’organisation et de comités de quartiers, les groupes organisés du commerce du sexe sévissent en toute impunité et sans crainte d’être dérangés par les voisins ou repérés par les services de sécurité allant même à pousser les habitants à quitter les blocs, relate un membre d’une association de quartier de la commune de Béjaia.

Il dira à cet effet que dans plusieurs quartiers, à Ighil Ouazoug, La policlinique, Ihadadène, pour ne citer que ceux-là, les citoyens qui ne disposent pas de comités ni d’associations ont peur de dénoncer ce phénomène par peur des représailles des groupes maffieux derrière les réseaux de prostitution.

Dans le quartier de Nacéria, à une centaine de mètres du siège de la wilaya, un citoyen étranger dont la nationalité n’a pas été précisée nargue la population locale en s’exhibant et recevant chaque jour de nouvelles prostituées, sans aucun égard au voisinage ou aux services de sécurités qui circulent pourtant, quotidiennement dans les parages en ces jours d’examens de BAC et de BEM, fait savoir un habitant du quartier.

De son côté, le président de l’Association de la jeunesse algérienne d’avant-garde de lutte contre les fléaux sociaux de la wilaya de Béjaïa, Ouahab Mohamed, affirme que son association qui travaille aussi contre la prolifération de la prostitution n’a jamais cessé de dénoncer ce phénomène et d’interpeller les autorités pour mettre un terme à ce fléau dévastateur :

« La prostitution est la chose la plus dangereuse, il faut voir ce qui se passe dans les pays de l’est. Je l’ai dit même à la radio Soummam, Bejaia n’était pas comme ça, c’était une ville respectée, avec son histoire et son statut mais aujourd’hui ce fléau a pris de l’ampleur incroyable. D’autres villes d’Algérie ont vécu ce problème dans les années 80 et 90 mais ils ont pris des mesures et pu nettoyer leurs villes comme Setif , Constantine ou Sidi Bel Abbes. Bejaïa a maintenant pris la relève », s’insurge-t-il. Le président de l’ JAAGLFS ne va pas par quatre chemins pour expliquer les raisons de la propagation de ce phénomène et pointe du doigt les autorités locales :

« C’est du au laisser-aller des responsables de la wilaya, ils ne croyaient pas que cela allait prendre une telle ampleur. Ils n’ont pris aucune mesure contre ça », dit-il.

Parlant de la décision du wali de fermer les bars et discothèques du littoral, notre interlocuteur dira que ces mesures doivent être accompagnées d’un suivi du phénomène mais aussi de lignes claires pour les nouveaux promoteurs hôteliers avant de mettre l’accent sur le fait que le travail de son association est avant tout de minimiser les dégâts : « notre association lutte contre les fléaux sociaux sous toutes leurs formes,  et ceux portant atteinte aux bonnes mœurs, On est implanté sur 19 daïras de la wilaya et informés au moindre détail. On ne confirme que les cas rapportés noir sur blanc, par nos militants qui ont vérifié cela sur place ».

« La plus part des quartiers sont touchés et le phénomène gagne les cités universitaires »

En étant spécialisée dans les fléaux sociaux, l’ JAAGLFS de Béjaia est très informée sur l’évolution du problème sur le terrain. Les réseaux se sont déplacés aux quartiers parce que il n’y a
personne qui les empêche, dira son président :

« La plupart des quartiers sont touchés et la prostitution est arrivée même dans les taxiphones, d’ailleurs on a fait des rapports que nous avons envoyé au ministre de l’intérieur, », dit-il. Pire encore, le président de l’association évoque des cas de  réseaux de prostitution qui activent à l’intérieur d’une cité universitaire à Bejaïa. Inutile de contacter les directeurs des cités, selon lui ils sont déjà au courant mais ne font rien :

« On est en train de faire un rapport spécial pour l’envoyer au ministre de l’intérieur et ministre de l’enseignement supérieur », déclare Ouahab Mohamed ajoutant qu’il y a des complicités au niveau local qui fait que ces phénomènes persistent, voire protégés.

Interrogé sur le rôle des services de sécurité, le président dira que  les services de sécurité sont au courant de ce fléau devenu un secret de polichinelle : « on ne peut pas dire qu’ils ne font pas leur travail mais nous on engage des discussions avec eux et ils nous répondent qu’ils ne disposent pas d’informateurs ».

Akbou, une des plaques tournantes des réseaux de prostitution

La ville d’Akbou est une autre plaque tournante des réseaux de prostitution et de drogue selon la même source. Même le procureur d’Akbou a avoué son impuissance de réduire ce phénomène, déclare notre interlocuteur.

Pour Ouahab Mohamed, le plus vieux métier du monde peut aussi être exercé a Bejaïa mais sous conditions ; de disposer de contrôle des autorités, de soins et d’encadrement comme par exemple en ouvrant des maisons closes étatiques  mais pas dans les hôtels qui sont destinés à recevoir des familles : « Durant le séminaire organisé par la chambre de commerce Soummam au niveau de l’hôtel des Hammadides il y a une semaine, je l’ai dit en présence du wali et des responsables locaux du tourisme. J’ai dit avant de faire du tourisme il faut nettoyer la wilaya de la drogue, de la prostitution, et assurer la sécurité ».

Le volet humanitaire concernant le phénomène de la prostitution est un autre aspect à ne pas négliger dans cette lutte contre ce fléau social, insiste le président de l’ JAAGLFS : «  Il faut savoir que nous sommes une association de lutte, avant tout.  Nous pouvons accueillir des victimes des réseaux de prostitution comme les prostituées pour les aider à sortir de ce fléau. On essaye de régler les problèmes qu’elles ont et leur trouver un travail. On travaille aussi en collaboration avec beaucoup de services comme l’ANEM et l’ANSEJ qui peuvent nous aider dans ce sens, pour assurer un gagne-pain décent et dans la légalité aux victimes des réseaux de prostitution », dit-il,

En attendant, les citoyens de Béjaia aspirent à une réaction des autorités pour réduire ce fléau qui ne cesse de nuire directement aux populations locales, et à leurs enfants, surtout les jeunes filles majeures ou mineures qui se voient, de plus en plus menacées par le proxénétisme soit de force, ou par chantage de différents délinquants recrutés dans le milieu de proxénètes. Beaucoup d’habitants appréhendent le pire, de voir la violence gagner ces quartiers dans le cas où ce phénomène perdure et pousse les citoyens à agir eux-mêmes. Les pires scénarios vécus dans d’autres villes comme Alger et Msila entre autres où des maisons de prostituées ont été attaquées et incendiées par des citoyens risquent de voir le jour à Béjaia, met en garde un membre d’un comité de cité.

 

Farid Ikken

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