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Lahouari Addi au café littéraire de Béjaia : ”Créer un état de droit est à notre portée »

dimanche 15 avril 2012 à 22:12   ·   0 Commentaires - Patager sur : Votre Facebook - Votre Twitter - Email cet article

Connu pour son franc-parler et sa critique du régime en place, Lahaouari Addi, invité du Café littéraire de Béjaïa, n’a pas déçu l’assistance nombreuse, hier au Théâtre régional de Béjaïa. Le sociologue a livré une analyse pertinente sur la situation en Algérie depuis l’indépendance, en général et depuis la révolte d’octobre 1988, en particulier.

Avant d’entamer la présentation de son dernier livre Algérie, chroniques d’une expérience postcoloniale de modernisation, le sociologue s’est d’abords penché sur la situation politique en Algérie, notamment sur le verrouillage de ce que l’auteur appelle « les pouvoirs sociaux » :

« Le pouvoir exécutif a essayé d’étouffer tous les pouvoirs sociaux qui existent dans ce pays en se disant que, en renforçant les pouvoirs exécutifs on va renforcer l’état la nation etc. Or, précisément lorsque on étouffe les pouvoirs autonomes on tue la société et l’initiative dans la société et on s’enfonce dans le sous-développement  et la conflictualité », dit-il.

Justement, la conflictualité et la violence qui se sont développés en Algérie durant les dernières mutations sociales doivent être pris en considération dans l’objectif de les réduire, explique Lahouari Addi :

« Le développement des sources sociales est important pour un pays dans la perspective de diminuer la conflictualité car le lien social en Algérie est marqué par une très forte conflictualité et parfois c’est une conflictualité qui a recours à la force physique. Le champ politique est régulé par la force physique et la violence. Quand les islamistes ont contesté le régime ils ont utilisé les armes et le régime lui-même est défendu par les chars », affirme l’auteur.  Selon l’auteur, le rôle des sources sociales et des intellectuels est, justement de participer et encourager la culture scientifique dans le but de « pacifier les rapports sociaux et les rapports d’autorité » et ainsi réduire la violence.

De l’autre côté l’Etat algérien semble indiffèrent aux aspirations de la population et c’est là un élément qui. aussi encourage la conflictualité, comme les coupures des routes.  L’auteur reconnait la nécessité d’un changement imminent en Algérie, mais ce changement doit se faire dans le dialogue :

« Les sciences sociales donnent une étude à l’état, à une élite dirigeante qui est myope, qui n’écoute qu’elle-même et c’est très important que nous nous écoutions pour pacifier les rapports entre nous, entre islamistes, démocrates, berbéristes, communistes. On n’a pas besoin de recourir à la violence pour faire entendre notre point de vue », dit-il en ajoutant :

« L’Algérie est en train de construire une société et un état et cette construction se fait toujours dans la conflictualité et souvent dans la violence et il faudrait seulement espérer qu’on prenne conscience que cet état qui est en train de se construire se fasse avec un minimum de violence possible »

Si Louhari Addi paraissait, parfois très prudent dans ses interventions c’est parce qu’il semble très conscient de son rôle de sociologue et de l’impact que peuvent avoir ses analyses sur les données actuelles locales et nationales. Dans l’une de ses analyses il n’a pas hésité à s’adresser directement aux intellectuels algériens mais aussi au DRS, le corps de sécurité qui, selon l’auteur participe directement ou indirectement aux grandes décisions politiques en Algérie mais aussi au climat de conflictualité qui reste omniprésent :

« Les intellectuels ont un rôle à jouer et ce n’est pas de la compromission. Si il y a bien quelqu’un qui a trop critiqué le DRS c’est bien moi, mais je dis même aux fonctionnaires du DRS que la vie humaine est au-dessus de tous. Torturer un algérien c’est torturer une partie de l’Algérie. Vous avez une mission vous le faites dans le cadre de la loi. Votre service est indispensable parce que il n’y a pas d’état moderne, de services d’espionnage et de contre-espionnage mais vous êtes une institution de l’état. Vous avez le droit d’être exigeants mais ne pas être radicaux, ne pas être dans la conflictualité pour la conflictualité », lance-t-il.

L’auteur souligne, par contre que l’état algérien est né du mouvement de libération national mais a échoué à se débarrasser de ses vicissitudes et ses limites idéologiques.  Par conséquent, donner la chance aux nouvelles générations de prendre leur destinée en main s’impose, aujourd’hui comme une nécessité pour aller de l’avant :

« Il ne faut pas oublier cette donnée de jeunesse historique et indépendante. Le plus important est de s’inscrire dans  la dynamique, la dynamique de novembre a libéré le pays, il faut aller au-delà. Moi je ne m’arrête pas à Abane, a Amirouce ou à Ben Bella, ils ont fait leur devoir, le pays se construit avec la contribution de plusieurs générations. Le problème le plus urgent c’est d’institutionnaliser les rapports d’autorité, c’est de créer un état de droit, c’est à notre portée et c’était inscrit dans les aspirations du mouvement national », explique-t-il.

Revenant sur la hiérarchie militaire en Algérie, qui selon l’auteur est au centre des décisions en Algérie, Lahouari Addi estime que le DRS a été créé pour protéger le pouvoir exécutif mais la vérité est que ce système travaille au détriment des autres pouvoirs sociaux qui sont les éléments de base d’un état moderne, en l’occurrence le pouvoir législatif, judicaire, universitaire, syndical et celui de la presse. Ce qui encourage l’incompétence et la corruption.

L’auteur rappelle, enfin que ce qui a mis le feu aux poudres en 1954, c’est justement la volonté du peuple algérien de construire un pays moderne et indépendant. Cette modernisation refusée hier doit se concrétiser aujourd’hui, ce que l’auteur appelle la « modernisation postcoloniale » :

« La domination coloniale a refusé la modernisation à la société algérienne dominée et c’est pour cela que le nationalisme est apparu avec l’objectif de donner aux Algériens ce que la domination coloniale leur a refusés. C’est pour cela que je parle de modernisation postcoloniale. La modernité politique c’est l’indépendance du pouvoir syndical, judicaire, législatif, médiatique, religieux qui se donnerait comme objectif de construire une théologie moderne, donc de ces pouvoirs, l’articulation qui constitue la société civile, qui négocie avec le pouvoir central, la construction d’un état de droit », conclue-t-il.

Farid Ikken

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