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Les otages de la neige et un discours en déphasage

samedi 11 février 2012 à 16:16   ·   0 Commentaires - Patager sur : Votre Facebook - Votre Twitter - Email cet article

Na Aldja est une veuve de plus de 80 ans. Elle a tout vu ou presque. Les tempêtes de neige, elle en sait quelque chose, depuis qu’elle était jeune. C’était les temps difficiles, c’était la guerre avec les *roumis et les hivers étaient rudes, se souvient Na Aldja. Les soldats français, elle les a vus venir chercher son fils qui était au maquis. Ils lui ont cassé la porte de sa maison, en bois, que son défunt mari a mis des mois pour construire.

Na Aldja se souvient, comme c’était hier quand les soldats français sont venus lui casser cette porte. « Ils étaient grands de taille et emmenaient, même avec eux des hommes noirs », racontait-elle, en faisant allusion aux tirailleurs africains embrigadés sous le commandement colonial. Elle avait son fils sur son dos, le plus jeune, qui était sourd et muet mais Na Aldja n’avait pas peur. Elle prend l’assaillant par son fusil et le pousse en arrière *« Dinik din El moskoutou yinek », avait rétorqué Na Aldja.

Les soldats n’en revenaient pas. Cette femme ne peut être que la mère d’un Fellagua. Quelques jours plus tard, elle apprend la mort de son fils au maquis. Elle a, d’ abord entendu la voie des voisines, qui poussaient des youyous, ensuite l’homme rentra chez elle : « Oui, c’est votre fils a Na Aldja, soyez fière ».

Fière, elle l’a toujours été, Na Aldja, aujourd’hui encore. Elle n’a jamais quitté son village natal. Pour aller ou ? En ville, où la dignité humaine est piétinée, au quotidien ? Na Aldja reste au village et vit avec son fils et ses petits enfants qu’elle aide avec sa pension de misère.

Les tempêtes de neige, elle en a vues. Les hivers durs des années 1950, elle les a surmontés. Elle allumait du feu, cherchait du lait dans sa petite étable et conservait des figues sèches. L’hiver était rude mais les villageois avaient l’habitude.

Cinquante ans après l’indépendance, la tempête de neige revient pour hanter les villages, jonchés sur les hautes collines de la Kabylie et de l’Algérie. Des centaines de villages sont isolés, pris en otage par les tempêtes de neige que personne n’a vu venir.

Na Aldja regarde, presque amusée ses petits enfants inquiets et révoltés par cet isolement, le manque de gaz, d’électricité et de nourriture. « Les pouvoirs publics sont des incapables », lancent les plus indignés. Elle ne peut s’empêcher de leur raconter « Il fallait voir à notre époque, l’hiver était plus dur ».

Mais les villageois ne savent plus faire des feux, conserver des figues sèches ou encore avoir une petit étable : « C’est la honte », pensent ses enfants, « On est en 2012 quand même ! ».

Oui, nous sommes en 2012 mais l’Etat ne semble pas s’en apercevoir.  Rien n’est fait pour ces villages. Rien n’est fait pour que toutes les Aldja de l’Algérie et leurs enfants soient, aujourd’hui bien au chaud, et ne s’inquiètent du vent qui souffle sur les montagnes. L’énorme retard accumulé dans le développement local risque, encore une fois de secouer les murs de la République.

Le président de la république, Abdelaziz Bouteflika, a fait un discours à la nation, jeudi soir, un discours décalé de la réalité. Aucun mot n’est prononcé pour apaiser les cœurs de ces veuves de Chouhada et les enfants de l’Algérie d’aujourd’hui qui sont, dans leurs villages à subir les affres d’une tempête de neige et à quémander une bonbonne de gaz. Tout cela, en 2012. Soit douze années après sa prise du pouvoir. Trois mandats successifs dont l’objectif principal est le maintien du régime. Pour lui, aller aux urnes, le 10 mai prochain passe avant même la survie de ces hypothétiques futurs électeurs. Pourquoi faire Monsieur le président ? Pour élire un autre Parlement qui ignore les catastrophes qui ravagent la nation et qui tourne le dos aux aspirations du peuple? Devant leurs écrans ; les Algériens attendaient d’être rassurés par ces temps d’intempéries. Le président semble, plutôt  hanté par le spectre de l’abstention qu’autre chose. Il n’a donc, au final, que répété ce qu’a déjà dit son ministre de l’Intérieur, DOK.

 

Farid Ikken

* : Roumi, ou Iroumyen veut dire Français ou Européen. Un terme utilisé en Algérie et qui descendrait du mot Romain.

* : « Soit maudit avec ton mousqueton ».

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