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L’Algérie dans la nouvelle carte du monde arabe

samedi 10 décembre 2011 à 11:44   ·   0 Commentaires - Patager sur : Votre Facebook - Votre Twitter - Email cet article

Avec l’arrestation du Seïf Al-Islam Kadhafi le 19 novembre dernier, l’ère Kadhafi est définitivement close pour les libyens.  Le Premier ministre libyen Abdel Rahim al-Kib a annoncé, quelques jours après  la formation de son gouvernement auquel est confié le rôle de diriger la Libye dans l’attente d’élections prévues dans un délai de huit mois. Le nouveau gouvernement a réservé deux ministères, au moins aux rebelles, selon le quotidien Le Monde.  Le Conseil national de transition (CNT) a annoncé la composition du nouveau gouvernement, en tenant à rassurer, les différents courants et mouvances nationales : « Je peux rassurer tout le monde: toute la Libye est représentée dans le gouvernement », a déclaré le Premier ministre Abdel Rahim al-Kib à Tripoli. La révolte des Libyens aura un autre défi majeur, celui d’unir  les différents courants nationaux leur faire accepter les intérêts des nouveaux amis occidentaux auxquels ils seront éternellement  redevables pour les avoir aidés a se débarrasser des griffes du dictateur Kadhafi.

El Ghanouchi formera le premier gouvernement islamiste du monde arabe

En Tunisie,  les conservateurs islamistes du parti Ennahdha ont bel et bien remporté les élections. Les éléments de Rached El Ghannouchi ont raflé 90 des 217 sièges à l’Assemblée constituante tunisienne. Ce succès devrait lui permettre de former le premier gouvernement dirigé par les islamistes dans la région qui ne risque pas d’être le dernier  à juger des évolutions qui s’opèrent dans le monde arabe. Cependant, la victoire des islamistes suscite aussi la colère des partis démocrates ou libéraux. Des violences ont déjà éclatés  initiés par des partisans du candidat de la Pétition Populaire, déçus par l’élimination de leur leader, avait rapporté la presse tunisienne et européenne les semaines suivant le résultat des élections.

Que le leader  du parti d’Ennahdha soit cité parmi les 100 plus grands intellectuels de l’année 2011 par l’influente revue diplomatique américaine Foreign Policy ne change en rien la position de la nouvelle opposition tunisienne. Pour eux, El Ghanouchi est un islamiste parmi d’autres. Le président d’Ennahdha semble s’attendre à ce genre de scénarios, c’est pourquoi il a tenu, d’ores et déjà à se démarquer des clichés classiques des islamistes et s’est empressé d’ouvrir le dialogue avec les partis de gauche de Tunisie en leur réaffirmant, encore une fois que « sa seule charia est la démocratie », comme l’avais exprimé un diplomate français au lendemain de l’émergence du parti d’Ennahdha. El Ghanouchi a réitéré sa volonté de respecter les droits des femmes, le droit de culte et des étrangers. Lors de sa visite très médiatisée en Algérie, après l’invitation de Abdelaziz Bouteflika, El Ghanouchi, prudent et bien préparé, comme à l’accoutumé avait alors déclaré que « son mouvement n’envisageait pas d’exporter sa révolution chez son voisin occidental », en soulignant toutefois que pour lui ‘ »en Algérie la révolution est présente depuis longtemps, à travers les noms des martyrs dans les rues ». Une déclaration portant des connotations diffuses pour toute la classe politique algérienne y compris les militaires.

Abdelilah Benkirane, le nouveau premier ministre du Maroc

Au Maroc, le roi a dégainé très vite. Sentant la menace des révoltes arabes et certainement comblé de conseils par ses amis occidentaux, il appelle d’abords à des réformes sociales et politiques avant de sortir le grand jeu et proposer des élections législatives pour la formation d’un gouvernement qui sera dirigé par le roi. Pour le mouvement du 20-février et les autres opposants qui veulent écarter le royaume et le réduire a une monarchie sans pouvoir de décision, à l instar de la Suède ou de l’Espagne, et menaçaient de boycotter les élections, le roi leur réserve bien des surprises. Il répond en sortant un article du code électoral « le vote étant obligatoire, l’appel au boycott serait contraire à la loi », un article « utilisé par le pouvoir comme une épée de Damoclès au-dessus de la tête de tous ceux qui refusent de s’inscrire dans son agenda politique », comme l’avait décrit un journaliste marocain de Larbi.org.

Le roi  organise des élections anticipées en un temps record et promet que toutes les conditions nécessaires pour la tenue d’élections libres et démocratiques seront garanties. Il y a quelques mois, les Marocains auraient pris cette déclaration pour une plaisanterie des quartiers populaires comme il en existe beaucoup au Maroc. Mais aujourd’hui tout le monde y croit même les islamistes. Allez savoir pourquoi ?

A la veille des élections législatives, prévues pour le 25 novembre, huit partis de différentes tendances politiques ont annoncé leur alliance. Surnommée G8, cette coalition est formée début octobre. Elle réunit le Rassemblement National des Indépendants (RNI), l’Union constitutionnelle (UC), le Mouvement Populaire (MP), le Parti Authenticité et Modernité (PAM), le Parti Socialiste (PS), le Parti de la Gauche Verte (PGV), le Parti Travailliste (PT) et le Parti de la renaissance et de la vertu (Annahda Wa Al-Fadila, islamiste).

L’Union socialiste des forces populaires (USFP) et le Parti du progrès et du socialisme (PPS) formeront le bloc d’opposition avec le parti traditionnel conservateur Istiqlal (le parti du Premier ministre Abbas El Fassi et le premier parti marocain fondé au début des années 1940).

13 millions d’électeurs sont appelés aux urnes. Le taux de participation a atteint 45 %, selon le ministre marocain de l’Intérieur. Le ministère marocain de l’Intérieur a confirmé, le 28 novembre, la victoire des islamistes du Parti de la justice et du développement (PJD) aux élections législatives. Le PJD a remporté 107 des 395 sièges à la Chambre des représentants, selon les résultats définitifs.

Le parti devient ainsi la deuxième formation islamiste modérée, après Ennhahda, en Tunisie, à remporter les élections dans un pays arabe depuis le début des bouleversements politiques dans la région. Le parti Istiqlal du premier ministre Abbas El-Fassi, arrive au second rang avec 60 députés, le Rassemblement national des indépendants (RNI) se contente de 52 sièges.

Le 29 novembre, Le roi Mohammed VI du Maroc a nommé premier ministre Abdelilah Benkirane, le chef du parti islamiste modéré Justice et développement (PJD) âgé de 57 ans, vainqueur des élections législatives. Le deuxième gouvernement islamiste vient de naitre dans le monde arabe sous la bénédiction du roi et du Makhzen, très influent au Maroc.

Le troisième gouvernement islamiste du monde arabe au pays des pharaons ?

Les élections législatives ont commencé en Egypte, le 28 novembre et se dérouleront jusqu’au 10 janvier. Mais l’armée qui veut contrôler et s’impliquer d’une façon directe dans la transition démocratique reçoit en plein visage le refus de la rue égyptienne. Des violences ont éclaté qui ont fait jusque-là 42 morts et des blessés, selon la presse égyptienne. Les protestataires demandent le départ du pouvoir militaire qui gouverne le pays depuis la chute de Moubarak. La rue égyptienne ne veut pas de scénario à l’algérienne, avaient déclaré les manifestants de la place Tahrir à la presse du Caire. L’expérience des Algériens et leur sacrifice de l’après 1991 aurait aux moins servi à cela ; les Arabes se méfient désormais des uniformes présents dans chaque urne pour « mener a bien la tenue du scrutin ».

« Le Conseil suprême des forces armées commet une immense erreur s’il considère que la bataille électorale est un combat militaire, dans lequel il suffirait de « tenir le terrain » de déployer suffisamment de forces, de faire tournoyer des hélicoptères au-dessus des zones à risque et de faire comparaître chaque citoyen qui se rebellera contre un officier assurant la sécurité d’un bureau de vote devant un tribunal militaire. Ces considérations sont adaptées à un champ de guerre». écrit un journaliste de quotidien égyptien Al-masry El Youm qui a certainement revisité tous les articles de la presse algérienne portant sur l’arrêt du processus électoral en juin 1992

Cependant, les militaires n’aiment pas les surprises. Le président du Conseil suprême des forces armées égyptiennes, le maréchal Hussein Tantaoui avait rendu public une déclaration appuyant la volonté de l’armée: « La situation de l’armée ne changera pas dans la future Constitution», écrit Al-Youm Al-Sabee reprenant les déclarations de Tantaoui.

Les insistances de l’ancien président de « Mohammed El-Baradei  L’ex-chef de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et Amr Moussa qui veulent repousser les élections n’ont rien donné. Pis, Kamal el-Ganzouri, un ancien chef du gouvernement égyptien, a été désigné comme nouveau Premier ministre par l’armée au pouvoir en attendant les résultats des élections. Résultat, les manifestants campent sur leurs positions et exigent la fin des pouvoirs du Conseil suprême des forces armées et le retrait du maréchal Tantaoui.

Les législatives ont commencé le 28 novembre dans un tiers des circonscriptions du pays, dont le Caire et Alexandrie. Les deux autres tiers voteront le 14 décembre et le 3 janvier. Le taux de participation lors de la première phase dans un tiers de l’Egypte a atteint 62 %, a annoncé vendredi passé Abdel Moez Ibrahim, le président de la Haute commission électorale, rapporte les médias locaux. Un taux de participation considéré le plus élevé en Égypte « depuis les pharaons», ironise un journaliste égyptien.

Selon le quotidien égyptien Al-Masry Al-Youm, les partis islamistes sont les grands vainqueurs du premier tour des élections législatives post-Moubarak, s’appuyant sur les résultats du dimanche 4 décembre. Le Parti de la liberté et de la justice (PLJ), à savoir l’organisation des Frères musulmans, a obtenu 36,6% des 9,73 millions de suffrages, suivi par le parti salafiste ultraconservateur Al-Nour, avec 24,4%.  Même si seuls 9 gouvernorats sur les 27 que compte l’Egypte ont pour l’instant voté, les 18 autres voteront à la mi-décembre et début janvier, d’aucuns voient déjà que le second tour sera disputé entre le PLJ et le parti Al-Nour.

 

A quoi joue la classe politique en Algérie ?

La nouvelle carte géopolitique du Maghreb et du Moyen Orient se redessine à une vitesse vertigineuse. La montée des islamistes inquiète certains et rassurent d’autres, notamment les millions de citoyens qui ont prêté leurs voix aux nouveaux leaders de ces partis qui arborent une image moderne d’un islamisme modéré pour gagner la confiance des observateurs occidentaux et rassurer les partis démocratiques et libéraux de leurs pays.

Que sera la destinée de l’Algérie dans cette nouvelle atmosphère politique que personne ne semble avoir vu venir ? Pour le moment, les autorités algériennes semblent plus préoccupées d’annoncer les réformes politiques accélérées dont les résultats ne peuvent, en aucun cas avoir d’effet sur le champ. Les dirigeants algériens sont, d’ailleurs plus soucieux d’expliquer la position de l’Algérie dans les révoltes arabes aux européens qu’au peuple algérien, à juger des déplacements en France du ministre des Affaires étrangères, M. Mourad Medelci cette semaine ainsi que son choix d’opter pour les médias étrangers comme Europe 1 pour révéler les décisions importantes de l’Algérie vis-à-vis des conflits dans la région.

Les partis politiques algériens sont aussi les grands absents de la scène politique algérienne durant cette période décisive. Hormis la sortie du président de AHD 54 réclamant la tenue d’élections présidentielles anticipées en Algérie et le RND  d’Ahmed Ouyahya qui semble avoir déjà commencé sa précampagne à Djelfa et Sétif, la scène politique est des plus désertes. A quoi joue la classe politique en Algérie ?

Nous y reviendront.

 

 

Farid Ikken

 

Sources : Le Monde, Le Courrier International, Larbi.org, Al-Masry Al-Youm, Al-Youm Al-Sabee.

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